1. 3 - Incidence et prévalence de l’HTA

On dispose en France de plusieurs enquêtes, qui diffèrent entre elles par les populations incluses, les définitions de l’HTA et les conditions de la mesure. 

1. 3. 1 - Incidence

Les études d’incidence de l’HTA sont assez rares. On peut retenir que l’incidence est de l’ordre de 3% par an chez les hommes et 1,3% chez les femmes d’âge moyen.

1. 3. 2 - Prévalence

Dans l’ensemble des enquêtes, la PA et la prévalence de l’HTA augmentent avec l’âge et elle est plus fréquente chez les hommes que chez les femmes. Les estimations divergent selon les enquêtes, mais toutes soulignent la grande fréquence de cette affection, 37% des hommes et 29% des femmes entre 50 et 65 ans, par exemple dans une population de salariés (moyenne de 2 visites différentes), de 28 à 40% des hommes et de 19 à 32% des femmes en population générale (enquêtes transversales MONICA, estimation basée sur une seule visite).  Les données, basées sur l’interrogatoire, de 19 et 14% dans l’enquête du CREDES, sont sous-estimées du fait de la proportion importante «d’hypertendus qui s’ignorent ». De façon cohérente, l’HTA est une cause très fréquente de consultation en médecine générale, 15% des séances en médecine générale, 30% des séances de cardiologue.

1. 3. 3 - Evolution de la prévalence de l’HTA au fil des années

En France, du fait de l’hétérogénéité des enquêtes, l’évolution de la prévalence de l’HTA reste inconnue. En revanche, après deux décennies de déclin régulier de prévalence de l’HTA aux Etats-Unis entre 1970-1990, les enquêtes nationales récentes semblent montrer une augmentation progressive de la prévalence de l’hypertension parmi les adultes aux Etats-Unis entre 1990 et 2000.

1. 4 - Contrôle thérapeutique de l’HTA dans la population

Le contrôle de l’HTA suppose qu’elle soit dépistée et connue, traitée puis contrôlée par le traitement.  

1. 4. 1 - Dépistage

Le pourcentage d’HTA connues reste encore insuffisant, plus chez les hommes (50%) dans une population de salariés que chez les femmes (73%).  Ce résultat peut refléter l’absence de dépistage, mais aussi l’oubli de cette information par le patient, voire le fait que le diagnostic ne soit pas donné au patient devant des chiffres modérément élevés.

1. 4. 2 - Mise sous traitement des hypertendus dépistés

La proportion d’hypertendus sous traitement médicamenteux est en revanche élevée.  Trois hommes sur quatre et presque quatre femmes sur cinq sont ainsi traités dans une population de salariés, au seuil 140/90 mmHg, de 50 à 80% dans la population générale ou en médecine générale.  Au seuil 160/95 mmHg, ce pourcentage dépasse 90%.

1. 4. 3 - Contrôle thérapeutique

Défini comme un niveau de PA <140/90 mmHg sous traitement, le contrôle thérapeutique n’est atteint que chez environ un tiers des hommes et la moitié des femmes.  Plus que l’absence de dépistage et de traitement, c’est un contrôle thérapeutique insuffisant qui est la première situation dans laquelle des chiffres de PA élevés (>=180/110 mmHg) sont observés.  Sur cent hypertendus dont les chiffres dépassent  ces seuils, la moitié chez les hommes et près des deux-tiers chez les femmes sont des hypertendu-e-s traité-e-s mais insuffisamment contrôlé-e-s par le traitement. Cette situation de contrôle tensionnel insuffisant s’observe plus fréquemment chez les hommes.  Une consommation d’alcool excessive, un surpoids sont des facteurs de risque pour cette situation, qui s’observe également plus souvent dans les catégories sociales peu favorisées ou à faible niveau d’études.  Dans plusieurs enquêtes on peut relever que les hypertendus les plus âgés sont  plus souvent sous traitement antihypertenseur que les plus jeunes, mais à l’inverse, leur contrôle tensionnel sous traitement est plus médiocre, surtout en ce qui concerne la pression artérielle systolique.

Ces résultats médiocres ne sont pas spécifiques à notre pays. Les données de la dernière vague de l’enquête NHANES, portant sur les années 1999-2000 témoignent des difficultés à progresser dans ce domaine. 

1. 4. 4 - Conséquence des difficultes de la mesure: le sur-traitement de l’HTA

Un autre danger des difficultes de la mesure de la PA est le sur-traitement. L’objectif à atteindre est que tous les hypertendus, et seulement eux, soient sous traitement antihypertenseur.  L’augmentation du nombre de sujets sous traitement antihypertenseur porte en soi le risque d’accroître le nombre d’hypertendus traités à tort, en raison des difficultés de la mesure de la PA, de l’évolution des chiffres de PA selon les conditions de vie des personnes, ou de modifications biologiques favorisant le retour à la normale des chiffres tensionnels (réduction du poids, de la consommation d’alcool, modifications du style de vie…).  Ainsi, dans une revue systématique de la littérature, 42% des hypertendus étiquetés comme ayant une HTA légère ou modérée, gardaient une pression artérielle normale douze mois et plus après l’arrêt du traitement, en l’absence d’intervention particulière de type non pharmacologique. Le risque de sur-traitement n’est donc pas théorique, et pourrait concerner 20-25% des hypertendus traités. 

1. 4. 5 - Intérêt de la prise en compte du risque cardiovasculaire individuel

La détermination des risques liés à un niveau donné de pression artérielle est améliorée par la prise en compte et le calcul du risque cardio-vasculaire. Le risque est un concept relativement complexe, et son évaluation repose sur un modèle de risque. De nombreux modèles sont disponibles, mais les modèles issus de l’enquête de Framingham sont les plus employés dans le monde, car il a été montré qu’ils s'appliquent à d'autres populations, dont la France, éventuellement après ajustement. Si le concept de risque n’est pas encore employé pour la décision de traitement, il est susceptible d’améliorer l’étude du rapport coût/efficacité des stratégies de prise en charge, tant au plan individuel que collectif.


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