9  -  La cysticercose : clinique


La cysticercose est l’infection de l'homme par le stade larvaire de T. solium, (Cysticercus cellulosae). La cysticercose est présente sur tous les continents, à l'exception de l'Australie, avec des zones de forte prévalence en Amérique centrale et du Sud, en Inde, en Afrique, dans l’Océan Indien (Madagascar, Ile de la Réunion) et dans une grande partie de l’Asie. La cysticercose est une maladie du sous-développement, apparaissant là où la promiscuité entre les porcs et les humains est associée à de mauvaises conditions d’élevage et d’hygiène fécale.

Des cysticerques ont été observés dans tous les organes du corps humain. Ils sont cependant plus souvent localisés dans les tissus sous cutanés, les muscles de la langue, du cou et du thorax, les muscles orbitaires et l'œil, et le cerveau (cortex, ventricule, espace sous arachnoïdien).

Sauf dans l'oeil, les cysticerques viables induisent une réaction granulomateuse. Un cysticerque qui meurt peut entraîner une réaction inflammatoire aiguë associée à des lésions tissulaires. Les cysticerques vivants ou morts peuvent donc être à l'origine de troubles pathologiques. Après un temps variable, le cysticerque se calcifie. Le processus de calcification dure environ 3 ans dans les tissus ; il peut être plus long dans le cerveau.

Sauf localisation cérébrale ou oculaire, l'infection est habituellement bénigne et des cysticerques peuvent être présents en grand nombre sans que la personne infectée ne s'en aperçoive. Mais, des symptômes peuvent apparaître quand la larve s'est développée, soit un minimum de 60 jours après l'infection. La symptomatologie peut être fonction du nombre et de la localisation des cysticerques.

Figure 7 : Distribution du téniasis à Taenia solium et de la cysticercose


Formes sous cutanées et musculaires


Le nombre de cysticerques est très variable, parfois une centaine, de la taille d'un pois chiche à celle d’un œuf de pigeon. Les localisations fréquentes sont : masséters, cou, poitrine, paroi abdominale, dos, aine, cuisse, ... Ces localisations sont le plus souvent asymptomatiques. Il y a rarement œdème et myopathie.

L’examen radiographique peut montrer des calcifications après 3 à 5 ans. Les kystes musculaires calcifiés ou partiellement calcifiés se présentent comme des formations allongées de 1 à 2 cm sur 0,8 cm.

Figure 8 : Larves Cycticersques de Taenia solium en localisation cutanée
Figure 9 : Aspect radiologique d'une cycticercose sous-cutanée

Neurocysticercose

Les signes cliniques varient selon les localisations :

- localisation parenchymateuse. L’épilepsie est la manifestation la plus commune. Elle apparaît en moyenne 7 ans après l'infection, mais parfois jusqu'à 30 ans plus tard. Les autres signes sont : hémiplégie transitoire, états psychotiques, manie aiguë, détérioration mentale progressive. Les localisations parenchymateuses ont un meilleur pronostic et sont plus accessibles à la thérapeutique médicale que les localisations extra-parenchymateuses.

- localisation sous arachnoïdienne. La réaction inflammatoire est importante avec hypertension intra-crânienne et mortalité élevée. La cysticercose cérébrale racémeuse est due à un cysticerque de grandes dimensions, se développant en une vésicule arrondie, lobulée ou parfois en grappe. Cette forme ne contient pas de scolex rendant difficile son rattachement parasitaire. Cette forme peut coexister chez le même malade avec des formes uniloculaires classiques avec scolex.

- localisation ventriculaire
. Elle est surtout le fait du quatrième ventricule. Flottant dans le liquide ventriculaire, le ou les cysticerques peuvent bloquer l'aqueduc de Sylvius et provoquer hypertension intra-crânienne et hydrocéphalie.

- localisation médullaire. Elle est rare. Elle provoque arachnoïdite et myélite transverse.
Les cysticerques cérébraux calcifiés sont sphériques à la radiographie. A l’examen tomodensitométrique, les cysticerques se présentent souvent comme des images hypodenses entourées d'un halo clair.

Figure 10 : Larves cyticerques de Taenia solium (lésion macroscopique au niveau du cerveau)
Figure 11 : Cysticercose cérébrale due à T. solium
Figure 12 : Aspect radiologique (TDM) d'une cysticercose cérébrale


Cysticercose oculaire


Dans le vitré et l'humeur aqueuse, les cysticerques restent vivants et changent continuellement de forme. On peut noter :

- 10% de formes extraoculaires (paupière supérieure, orbite, conjonctive) ;
- 90% de formes intraoculaires avec souvent une localisation dans le vitré entraînant une uvéite plus ou moins sévère et une perte de la vue soudaine ou progressive. Les localisations dans la chambre antérieure sont moins fréquentes. Le cysticerque est visible à l'examen du fond d’œil. C’est une vésicule sphérique, d'aspect grisâtre avec une tâche blanche interne ou externe (scolex invaginé ou dévaginé) et des tâches jaunes ou des cristaux autour du parasite. Dans les localisations proches de la rétine, l'inflammation peut provoquer un décollement rétinien, des hémorragies ou, rarement, un glaucome.

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